Chrono Flex
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| Chrono Flex | |
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| Création | 1995 |
| Fondateur•ices | Alexandre Gérard |
| Forme juridique | SAS (Société par Actions Simplifiée) au capital de 1 649 000 € |
| Siège social | 13 rue Olympe de Gouges, 44800 Saint-Herblain |
| Activité | Dépannage et maintenance de flexibles hydrauliques |
| Produits | Réparation sur site 24h/24, graissage centralisé, filtration |
| Effectif | 450 à 500 collaborateurs (2024) |
| Management | Equipes autonomes pilotées par des capitaines élus. |
| Site web | https://chronoflex.fr |
| Fonds propres | Information inconnue |
| Dette | Information inconnue |
| Chiffre d'affaire | 64 938 629 € (2024) |
| Résultat net | 3 009 000 € (2024) |
Chrono Flex, ou quand les salariés reprennent le volant
C'est l'histoire d'un patron qui a décidé de ne plus l'être. En 2009, Alexandre Gérard dirige Chrono Flex, une entreprise florissante de dépannage hydraulique basée près de Nantes.[1][2] Puis la crise des subprimes frappe.[3] Le chiffre d'affaires accuse une chute d'environ un tiers, soit près de 36 %, passant de 22 millions à 14 millions.[1][4] Une quarantaine de salariés sont licenciés.[1] Après les licenciements de 2009, Alexandre Gérard ne veut plus revivre une telle épreuve.[4]
« [...] ce que je pouvais faire pour que cela ne recommence jamais », confie le dirigeant.
Le dirigeant cherche alors une autre voie. Il rencontre Jean-François Zobrist, figure emblématique de la fonderie Favi,[5][2][6] puis Isaac Getz, professeur à l'ESCP et théoricien de l'« entreprise libérée ».[1][5] Le 7 janvier 2012, lors de la traditionnelle « Grand-Messe » annuelle réunissant tous les salariés, Alexandre Gérard annonce la suppression de la pyramide hiérarchique.[7][1][8] Il n'y aura plus de directeurs régionaux ou de managers intermédiaires.[9]
« Aujourd'hui, je n'ai ni bureau, ni assistante, ni place de parking attitrée », plaisante Alexandre Gérard.[2]
Capitaines et Speed Boats
L'organisation qui émerge bouscule les codes. Chrono Flex fonctionne désormais avec des équipes autonomes, baptisées « speed boats ». Certaines opèrent sur le terrain, les autres assurent les fonctions support.[7] Chaque équipe élit son leader, appelé « Capitaine » ou « Team Leader » selon les sources, lors d'un scrutin sans candidat déclaré. Le mandat dure trois ans.[9][7][1]
Aude Le Normand, directrice des ressources humaines, détaille le fonctionnement :[9]
« Même le recrutement leur a été confié : ils font les entretiens et décident de prolonger ou non à la fin de la période d'essai. »
Les collaborateurs choisissent leurs fournisseurs, gèrent leurs plannings et votent leurs investissements.[9] Pendant le confinement de 2020, une large part de l'activité a été mise à l'arrêt, la dimension collaborative se révélant alors plus difficile à activer.[3]
La hiérarchie n'a pas entièrement disparu, précisons-le, mais a été réduite entre la base et la direction.[1] Pour ce qui est des leaders élus, ils animent sans commander.
La règle des 3 x 15
Quelques mois après avoir lancé la transformation, Alexandre Gérard part un an faire le tour du monde en famille (2012-2013). L'entreprise tourne sans lui.[4]

Mieux : un groupe de salariés profite de son absence pour repenser entièrement le système de rémunération. Ils planchent pendant des mois, testent leur formule sur quelques volontaires, puis la généralisent.[4][1] C'est un exemple concret d'autogouvernance : les équipes ont défini elles-mêmes les règles de leur rémunération variable.[7][5]
Le mécanisme, dit « 3×15% », lie directement la paie à la création de valeur. Chaque technicien touche 15 % du résultat d'exploitation de son véhicule.[7][1] Les 15 % du résultat de son équipe régionale sont partagés entre les membres de l'équipe.[7] Les 15 % de la marge globale de l'entreprise sont redistribués à l'ensemble des salariés.[7] Chaque véhicule d'intervention dispose d'un compte d'exploitation mensuel et fonctionne comme une micro-entreprise, dans une logique de transparence.[7][4] Les comptes d'exploitation sont accessibles à tous, chaque mois.[7] Le système a libéré les initiatives.
« Plus ils sont proches de la zone de création de valeur, plus ils gagnent d'argent », résume Alexandre Gérard.[7]
Sans rien changer d'autre, le chiffre d'affaires a bondi de 15 % dans les mois qui ont suivi.[7][4]
Une croissance retrouvée
Les résultats parlent d'eux-mêmes. Le chiffre d'affaires, tombé à 14 millions d'euros au plus fort de la crise, atteint aujourd'hui près de 65 millions.[1][10] Le résultat net dépasse les 3 millions d'euros en 2024.[10] L'effectif a plus que doublé depuis 2012, passant d'environ 220 à près de 500 collaborateurs.[11][10] L'entreprise déploie plus de 270 camions-ateliers à travers la France.[9][12]
En juillet 2021, nouveau tournant : le groupe Monnoyeur, géant de la distribution d'équipements, acquiert Chrono Flex.[12][13] L'entreprise quitte alors le groupe Inov-On, la holding qu'Alexandre Gérard avait créée pour regrouper Chrono Flex et plusieurs filiales partageant le même modèle managérial.[11][5]
Jérôme Jambut et Claudio Castellano prennent la direction opérationnelle.[12] Alexandre Gérard, lui, poursuit une activité de conférencier et d'accompagnement de dirigeants via Inov-On Expérience, le pôle conseil du groupe qu'il a conservé.[14][6]
Lors de l'acquisition, le groupe Monnoyeur annonce que Chrono Flex « disposera d'une grande autonomie », à l'instar des autres filiales.[13]
En 2024, Chrono Flex revendique toujours son modèle d'équipes autonomes et de leaders élus.[15][11]
Zones d'ombres
Le tableau n'est pas exempt de nuances. Les sources disponibles émanent pour l'essentiel de l'entreprise elle-même ou de son fondateur. Les témoignages critiques, ceux des salariés qui auraient mal vécu la transformation ou quitté l'entreprise, restent rares dans l'espace public.
La question de la résolution des conflits demeure floue. Comment tranche-t-on quand le consensus échoue ? La question reste ouverte.
Des chercheurs ont d'ailleurs interrogé le concept même d'entreprise libérée. Un article paru dans la revue Management & Avenir en 2019, intitulé « L'aventure Chrono Flex. Le meilleur des Mondes ? », analyse le cas en détail. Son auteur, Michel Dalmas, y décrit une culture clanique où le contrôle hiérarchique cède la place à un contrôle informel par le partage des valeurs, jusqu'à interroger une forme de « totalitarisme institutionnel ». L'autocontrôle remplace-t-il vraiment la subordination, ou la déplace-t-il simplement ?[7]
Alexandre Gérard ne prétend pas détenir de formule magique.
« Pour être libéré, il faut oser mettre son ego de côté. Tout le monde n'est pas prêt à cela », reconnaît-il.[2]
La transformation a pris des années, causé des souffrance et provoqué des départs.[5][1][16] Plus de dix ans après le grand saut, Chrono Flex poursuit son modèle d'entreprise libérée.[15][3]
Une expérience qui mérite d'être observée avec le même mélange de curiosité et de prudence qu'exige toute promesse de révolution managériale.
A propos de l'auteur

Alioune Schurz est consultant en communication et management. Son parcours professionnel l'a amené a accompagner PME et grandes entreprises sur des thématiques d'agilité et d'organisation produit.
Contact : a.schurz@rise-now.co | Linkedin
Sources
- ↑ 1,00 1,01 1,02 1,03 1,04 1,05 1,06 1,07 1,08 1,09 et 1,10 FlexJob, « Chrono Flex : une entreprise libérée de plus de 300 salariés ».
- ↑ 2,0 2,1 2,2 et 2,3 Action Co, « Entreprise libérée : l'exemple Chrono Flex ».
- ↑ 3,0 3,1 et 3,2 L'Usine Nouvelle, « Le retour d'expérience de Chrono Flex, entreprise libérée depuis dix ans ».
- ↑ 4,0 4,1 4,2 4,3 4,4 et 4,5 Cockpit, Banque Populaire, « Innovation et management : l'exemple étonnant de CHRONO Flex ».
- ↑ 5,0 5,1 5,2 5,3 et 5,4 L'Info Durable, « Chronoflex, l'entreprise où le patron ne voulait plus être chef ».
- ↑ 6,0 et 6,1 TEDxSaclay, « Alexandre Gérard, page intervenant ».
- ↑ 7,00 7,01 7,02 7,03 7,04 7,05 7,06 7,07 7,08 7,09 7,10 et 7,11 Michel Dalmas, « L'aventure Chrono Flex. Le meilleur des Mondes ? », Management & Avenir, n°111, 2019, p. 97-121.
- ↑ CHRONO Flex, site officiel, « Aventure collaborative ».
- ↑ 9,0 9,1 9,2 9,3 et 9,4 Change The Work, « Libération d'entreprise chez Chrono Flex ».
- ↑ 10,0 10,1 et 10,2 Verif.com, « CHRONO FLEX, fiche financière », comptes au 31/12/2024.
- ↑ 11,0 11,1 et 11,2 CHRONO Flex, « Qui sommes-nous » (frise chronologique).
- ↑ 12,0 12,1 et 12,2 Groupe Monnoyeur, communiqué de presse, « Le Groupe Monnoyeur fait l'acquisition de CHRONO Flex », 1er juillet 2021.
- ↑ 13,0 et 13,1 Chantiers de France, « Chrono Flex passe dans le giron du groupe Monnoyeur ».
- ↑ inov-On Expérience, « Management Collaboratif by inov-On Expérience ».
- ↑ 15,0 et 15,1 CHRONO Flex, « Page recrutement officielle ».
- ↑ Courrier Cadres, « Entreprise libérée : les erreurs à éviter ».
